La Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X
L’histoire de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X a naturellement commencé dans l’esprit de Dieu. Il serait faux de croire que son origine doit être uniquement recherchée dans la période de la crise postconciliaire : l’existence de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X a été rendue possible par la vision providentielle d’un homme extraordinaire, le Père Le Floch, directeur du séminaire français à Rome qui a formé dans les années 1920 un groupe de prélats et de prêtres qui, prévenu par lui des dangers de l’infiltration moderniste dans l’Eglise, sont restés purs et fidèles à la Tradition dans cette période de révolution néo-protestante.
Un archevêque reconnaissant, Monseigneur Lefebvre, a souvent parlé de son grand maître, et nous verrons apparaître à plusieurs reprises, dans cette récollection historique, les figures des hommes d’Eglise, qui se trouvent proches de la fraternité sacerdotale tout comme de notre fondateur qui a étudié sous la direction exemplaire du Père Le Floch.
11 avril 1968
C’était le 11 avril 1968, le Jeudi Saint. Dans le petit village suisse Saxon, se tenait, ivre Alphonse Pedroni, dans le café du village. Il entendit alors un homme d’affaires se vanter qu’il pourrait acquérir d’ici quelques mois la chapelle et la vielle ferme d’Ecône et les dynamiter. Le contrat serait prochainement signé. Avant que ce jour n’arrivât, Alfonse et Marcel Pedroni et leurs amis Gratien Rausis, Roger Lovey et Guy vieux, décidèrent de racheter la propriété qui était possédée auparavant par des chanoines du saint Bernard et comprenait le domaine de Notre Dame du Champ. Ils rendirent visite à Mgr. Adam, l'évêque de Sion (Sitten) pour le tenir informé de leurs intentions. L'évêque leur souhaita bonne chance, mais leur dit aussi que l'Eglise traversait une crise de vocations et qu’il n’y avait aucun espoir de sauver Ecône et de l’utiliser comme maison de formation comme ils le souhaitaient.
Dans la semaine, ces hommes catholiques en apprirent davantage sur les intentions de l’homme d’affaires, qui étaient de faire d’Ecône un complexe à bâtir avec un club de nuit, un restaurant et un motel. Le 31 mai, fête de la Visitation, les chanoines vendirent Ecône, mais pas au promoteur : à Alphonse et ses amis qui obtinrent un emprunt de nécessité de la part de la banque. Ils étaient contents mais ne savaient pas encore, au juste, ce qu’ils allaient faire de ce domaine sauvé de la profanation.
Egalement en 1968, le Chapitre Général des Prêtres revit ses constitutions dans l’esprit du concile. L’Archevêque Marcel Lefebvre, Supérieur Général, protesta contre cela à la Congrégation du Saint-Esprit à Rome. En réponse, on lui suggéra de prendre congé et de partir en vacances. Il remit alors sa démission.
En mai 1968, le drapeau communiste voleta du haut du grand balcon du Séminaire Français à Rome avec l'appui des étudiants révolutionnaires à Paris. Un minuscule groupe de séminaristes, toujours habillés de le soutane et évités par le reste de leurs étudiants et de leurs chargés de cours, se tourna vers Monseigneur Lefebvre pour lui demander de l'aide. Il les conduisit vers l'université encore conservatrice de Fribourg en Suisse, encouragée par l'abbé de Hauterive et le Père Philippe, dominicain et théologien. L'archevêque nous raconta au sujet de cette première entrevue : « J'ai parlé à ces messieurs qui ont insisté pour que je fasse quelque chose pour ces séminaires et ils m‘ont demandé de m’occuper personnellement d'eux. Je vais vers Monseigneur Charrière ; s'il me dit que je peux poursuivre dans cette direction, alors j’y verrai un signe de la volonté de Dieu. J'ai dit ceci parce que je ne le voulais pas véritablement : je me sentais vieux et j’étais certain que je ne pouvais pas entreprendre un pareil travail. Quant on a soixante-cinq ans, on ne commence plus à un travail comme celui de fonder une fraternité sacerdotale. Si quelqu'un m’avait dit alors le nombre de prêtres et ce que la fraternité serait aujourd'hui, j'aurais seulement souri gentiment. Donc je ne veux pas, mais l'évêque Charrière maintenait : " Cela doit être, vous devez agir, vous devez le faire ! Faites quelque chose, louez une maison, ne laissez pas tomber ces séminaristes. Vous savez ce qu’est la mission de l’Eglise. Nous devons absolument maintenir les bonnes traditions » . Ceci a été le signe. Pour cette raison la fraternité n'est pas un travail personnel ; elle n’aurait jamais été si jamais elle n’avait pas été bénie par Dieu »
1970
Et à ce moment-là, comme une preuve supplémentaire, l’Evêque de Lausanne, de Genève et de Fribourg souhaitait notre existence : il confirma nos constitutions, les approuva le 1er novembre 1970 et institua la fondation canonique comme Fraternité internationale Sacerdotale Saint Pie-X en ses diocèses (voir The Angelus, novembre 1995).
Entre-temps, les laïcs suisses ont offert le domaine d’Ecône à l’archevêque Monseigneur Lefebvre, par l’entremise d’un pasteur local, le révérend père Bonvin, confrère de l’Archevêque au Séminaire Français de Rome. Les séminaristes quittèrent alors la Maison Don Bosco de Fribourg et en septembre 1970, commença la première année à Ecône avec la chaleureuse approbation de Monseigneur Adam, Evêque de Sion.
1971-1976
Monseigneur Lefebvre s’attendait à une longue attente pour une deuxième reconnaissance canonique: l’approbation de Rome. Mais seulement quatre mois passèrent et le 18 février 1971, le cardinal Wright, préfet de la Sainte Congrégation pour le Clergé, approuva officiellement et encouragea la Fraternité. Le document romain reconnut le caractère international de la fraternité et le fait que beaucoup d’évêques de par le monde approuvaient son existence. Le cardinal était heureux qu’une fraternité contribuât à la diffusion du clergé catholique dans le monde.
Notre fondateur était très surpris que sa petite oeuvre de foi reçut encore une nouvelle marque de soutien extérieur. Lorsque quelques prêtres de l’extérieur souhaitèrent intégrer la Fraternité, Monseigneur Lefebvre porta l’affaire à Rome et la Curie Romaine, qui anticipa son souhait, délia ces prêtres de leur diocèse pour les rendre uniquement dépendant de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X. Cet acte officiel reconnut alors le droit à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X d’incardiner ses membres.
Dans les années de vicissitudes qui suivirent, la Rome moderniste devait désapprouver publiquement notre fraternité, ses fruits comme son esprit. Cela nous attint peu dans la mesure où nous savons que Rome a approuvé la fraternité, fidèle à la Tradition ainsi que sa mission officielle de maintenir le sacerdoce catholique. Pour finir, ce mandat de l’Eglise constitua la raison principale et la nécessité des consécrations des évêques de 1988.
Le 3 avril 1969, la constitution apostolique Missale Romanum présenta un nouveau missel. Monseigneur Lefebvre rassembla un groupe de douze théologiens qui écrivirent sous sa direction la Courte Enquête Critique., souvent appelée l’Intervention Ottaviani. Les cardinaux Ottaviani et Bacci avaient en effet écrit une préface et offrirent cette étude à Paul VI. Comme aucune réponse ne revenait du Vatican, l’archevêque annonça à ses séminaristes le 10 juin 1971 qu’il refusait d’accepter cette liturgie néo-protestante : « Comment puis-je être d’accord de délaisser la Messe de toujours ou admettre celle qui est mise sur le même niveau, par ce Nouvel Ordo, conçu par Annibale Bugnini en collaboration avec les protestants pour en faire un repas ambigu que l’Offertoire réfute totalement, de même que la Consécration ».
1971
En 1971, vingt-quatre candidats au séminaire entrèrent à Ecône. Trente-deux autres suivirent en 1972. Mais durant les vacances de Noël, les ennuis commencèrent.
Les évêques français, complices avides des conspirateurs modernistes, tenaient à l’œil chaque étape du développement de la jeune fraternité. Le neveu de Monseigneur Lefebvre prévint l’Archevêque : « L’épiscopat français ne te pardonnera jamais ce que tu as fait au concile. ». Et, jaloux du succès inattendu de la Fraternité, ils commencèrent à vouloir la discréditer par des campagnes. L’Archevêque tenait tête à cette jalousie et avait proposé au cardinal Marty une rencontre avec les évêques pour leur expliquer la situation d’Ecône lors d’une conférence épiscopale à Lourdes. Le cardinal tint à ce qu’il ne fût en rien question d’Ecône lors de cette réunion. Celle-ci étiqueta Ecône comme un séminaire clandestin, comme si elle ne savait pas que sa situation canonique était pleinement régulière et ne dépendait pas de leur juridiction.
1973
En 1973, et ce de manière éphémère, un pré-séminaire fut ouvert à Fribourg mais seulement pour quelques mois. D’autres séminaires de la Fraternité s’ouvrirent à Armada (Michigan, 1973) et à Albano (Rome, 1974). Le complot pour éliminer Ecône se poursuivait et les évêques français mirent Rome sous pression pour dissoudre la Fraternité. Ils craignaient que des prêtres traditionalistes soient de retour dans leurs évêchés et ainsi, créeraient en leur sein des mouvements de résistance en faveur de la Tradition. Villot dit au cardinal Etchegaray qui le répéta partout : « Dans six mois, Ecône n’existe plus. »
1974
C’était le 11 novembre 1974. Après le déjeuner, l’Archevêque rassembla la communauté pour lui annoncer que, le même jour, deux Visiteurs apostoliques arriveraient de Rome. Ils parlèrent avec les séminaristes et les professeurs en leur tenant des opinions scandaleuses comme : la consécration des hommes mariés deviendrait rapidement normale, la vérité changerait avec le temps et la notion traditionnelle de la résurrection de Notre Seigneur serait ouverte à la discussion.
Ces propos poussèrent Monseigneur Lefebvre à rédiger sa Déclaration du 21 novembre. Pendant que Paul VI parlait ouvertement de l’autodestruction de l’Eglise, Monseigneur Lefebvre proclama son attachement à la Rome éternelle et son refus de la Rome néomoderniste et néoprotestante de Vatican II : « La seule attitude de fidélité à l’Eglise et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d’acceptation de la Réforme.
C’est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l’étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Eglise catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures. »
1975
L’année 1975 débuta avec une campagne de presse de grande envergure contre l’archevêque. Du vandalisme alourdit l’atmosphère autour du séminaire : graffitis, appels téléphoniques nocturnes, tirs de balles contre des fenêtres, intrusions nocturnes… Le 13 février, trois cardinaux interrogèrent l’archevêque, et l’un d’entre eux, le cardinal français Garrone, le traita de fou. En contradiction avec le droit canonique, la Fraternité fut révoquée le 6 mai 1975 de manière invalide.
Le cardinal français Villot obligea le cardinal Staffa à refuser l’appel canoniquement régulier de l’Archevêque au Tribunal Suprême de la Signature Apostolique, la plus haute instance de l’Eglise. Le cardinal Secrétaire d’Etat écrivit à tous les évêques de par le monde pour leur demander de refuser les incardinations des membres de la Fraternité. Le piège était maintenant tendu : sans incardination, pas de travail pastoral, et parce que la Fraternité était supposée disparaître, Monseigneur Lefebvre ne pourrait plus longtemps consacrer de prêtres pour son institut. Il répondit à cette ordonnance illégale par un pèlerinage de toute la Fraternité pour atteindre la fin de l’année 1975.
Paul VI vitupéra contre Monseigneur Lefebvre durant le consistoire de mai 1976, le traitant de « réfractaire à la nouvelle liturgie ». Le cardinal Benelli demanda à l’Archevêque de célébrer ne serait-ce qu’une fois la nouvelle Messe, et lui promit, au nom du pape, que ce geste suffirait amplement à résoudre les difficultés. L’Archevêque refusa et, le 29 juin, il consacra dans les champs d’Ecône douze nouveaux prêtres pour la Fraternité. Le 23 juin, une suspense a divinis lui interdit de célébrer la Messe et de consacrer des prêtres, puisque, après tout, comme le disait l’Archevêque, non sans sens de l’humour, « la Fraternité n’existe plus » !
Durant les semaines qui suivirent, la condamnation fut pour des milliers de croyants l’occasion de manifester publiquement leur attachement l’Archevêque. Au milieu de l’été, dix mille personnes se rassemblèrent à Lille pour témoigner leur appui à Monseigneur Lefebvre (voir The Angelus, novembre 1995).
A la place de l’excommunication annoncée par les massmedia sur un ton d’allégresse, le pape Paul VI reçut en audience privée l’Archevêque le 11 septembre à Castel Gandolfo. Durant cet entretien, il apparut clairement que le pape avait été informé volontairement à tort par des collaborateurs malhonnêtes.
1977
En février 1977 des catholiques fidèles à la Tradition libérèrent Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris. Monseigneur Ducaud-Bourget et l’abbé Coache appelèrent les croyants pour une conférence en soutien à l’Archevêque et les menèrent à la vieille église de Saint-Nicolas, qui était à quelques mètres seulement. Un prêtre de paroisse, muet d’étonnement, qui célébrait la Nouvelle Messe pour environ quarante personnes venait d’annoncer que l’église serait encore ouverte deux jours. Soudainement, il vit enter dans l’église une immense masse respectueuse et silencieuse. Un miracle ? Oui, en effet, car une croix de procession au bout de la foule affluente marquait l’arrivée depuis l’extérieur du clergé qui allait célébrer la Messe Sainte au vrai autel.
L’autel fut retourné, le prêtre, escorté vers la porte. Le miracle de Saint-Nicolas dure jusqu’à ce jour.
L’automne 1977 vit venir trente-huit nouveaux séminaristes malgré les condamnations. En octobre, la Fraternité comptait quarante prêtres, cent cinquante séminaristes, vingt prieurés et trois séminaires. Les sœurs de la Fraternité, créées en 1974, déplacèrent leur noviciat à Albano et leur maison mère à Saint-Michel-en-Bresse sous le direction de la Mère Supérieure Gabrièle Lefebvre.s
1978
En 1978, il y avait quatre prieurés établis en France, une propriété à Long Island, à New-York et le prieuré de Madrid. Le séminaire allemand déménagea de Weissbad à Zaitskofen. Dans l’état américain du Kansas, le collège des Jésuites, Sainte Marie, fut acheté par la Fraternité.
Le 16 novembre, le nouveau pape, Jean-Paul II, reçut l’Archevêque à Rome. Après une longue discussion, le pape était disposé à lever l’ensemble des restrictions sur la Messe traditionnelle, mais le cardinal Seper, en coulisses, s’exclama immédiatement : « Ils feront une bannière de cette Messe ! », remarque qui eut un impact négatif sur le pape.
Entre-temps, en Argentine, un modeste séminaire fut ouvert à Buenos Aires, dans la rue du Venezuela, avec douze candidats.
1979
En juin, une vieille auberge fut achetée à Rickenbach en Suisse pour devenir notre premier quartier général. Dans le courant de l’été un grand domaine à vingt kilomètres au nord de Turin fut acheté, à Montalenghe, en Italie. Celui-ci fut affecté comme maison de retraite. Le séminaire américain déménagea à Ridgefield, au Connecticut.
Le 15 août, l’Archevêque fut à Sainte-Marie au Kansas pour la première Assomption de Marie. « Ce fut un succès formidable. Plus de deux mille personnes vinrent de partout. J’espère que cet endroit deviendra un grand domaine pour toute l’Amérique, et un centre de dévotion et de prières à la dévotion de la Vierge, car elle est la seule en mesure d’arrêter la corruption morale, qui n’est que de grandir dans cet immense pays. »
Et en France :
« L’expérience portant sur nos deux écoles, Saint Michel à Chateauroux et l’Etoile du Matin, nous montre un grand espoir pour la formation réellement chrétienne des jeunes hommes et pour les vocations qui vont certainement fleurir dans une telle atmosphère. Puisse Dieu permettre que nos écoles se développent ainsi. ».
L’année vit son aboutissement, le 23 septembre, avec la célébration du jubilé d’or de la prêtrise de l’archevêque de Paris, durant laquelle il a été jusqu’à en appeler une croisade catholique pour le renouveau : « Nous devons lancer une croisade basée sur le Saint Sacrifice de la Messe. Pour recréer la chrétienté comme le veut l’Eglise, sur les mêmes principes, sur les mêmes Saintes Ecritures, les mêmes sacrements, le même catéchisme. Une croisade de jeunes gens, de familles catholiques, de chefs de familles, une croisade de prêtres. ». (Archevêque Marcel Lefebvre, Collected Works, partie 1, disponible chez Angelus Press)
1980
A l’occasion de notre dixième anniversaire, l’Archevêque écrivit : « Nous devons poursuivre notre attitude des dix dernières années sans hésitation, pour le bien de l’Eglise, pour aider les autorités de l’Eglise à se distancer du désordre qu’ils ont causé imprudemment. La conclusion de cet anniversaire doit être : depositum custodire, le gage de la conservation de la foi, source de miséricorde et de consécration. »
En France, l’Archevêque a annoncé l’ouverture des "Facultés Catholiques Saint Pie X", rapidement nommé ensuite "Institut Universitaire Saint Pie X". Il écrivit :
« Les chargés de cours ont eux-mêmes insisté pour que cette fondation soit alignée sur la Fraternité Sacerdotale saint Pie X comme le seul institut qui est en état de diffuser une doctrine sure et permanente pour les esprits qui ont soif de vérité. »
En mai, il visita les Etats-Unis. Le 23 mai, il disait : «C'est magnifique, c'est une cathédrale.». L’accent français de Monseigneur Lefebvre résonnait contre les murs de l’église Saint Vincent de Paul à Kansas City, Missouri. Bâtie en 1922, cette église était utilisée pendant plus d’un demi siècle par les pères de Saint Vincent. Après le concile, onze églises ont fermé sue l’ensemble de la ville et l’église avait été vendue à un groupe avant de revenir au diocèse, que l’église a conservé jusqu’à la revente à l’Eglise de la Communauté des Croisés. La beauté classique de cette construction est un témoignage persistent des Américains catholiques de l’amour pour l’Eglise à une époque ou régnait la foi. »
« J’étais en mesure de confirmer avec une grande satisfaction le développement extérieur de groupes de catholiques fidèles, aussi bien dans les chapelles de nos prêtres sympathisants qu’au sein de la Fraternité. Le collège St Mary, l’école de Saint Louis, Missouri, la magnifique chapelle et le rectorat de Phoenix en Arizona, et au dernier moment, l’acquisition d’une grande église à Kansas City, sont des raisons d’espérer la continuation de l’Eglise aux Etats-Unis. »
Ecône vit l’arrivé de neuf séminaristes supplémentaires originaires d’Argentine qui venaient achever leurs études en théologie, mais qui devaient encore apprendre le latin et le français.
A Ridgefield, nous avions douze nouveaux candidats. Monseigneur Lefebvre dit: « Nous recevons de par le monde des demandes de formation et d’orientation des prêtres. A ce moment, j’aurais besoin de 150 à 200 prêtres supplémentaires pour pouvoir satisfaire aux problématiques et aux questionnements des croyants. »
1981
Tôt dans l’année, durant une visite, Monseigneur Lefebvre inaugura au Texas le complexe Jésus et Marie à El Paso. Dans l’après-midi du 4 janvier, deux cents enfants furent confirmés. Le six janvier, quatre ans après qu’un visa fut refusé à Mgr Lefebvre par la pression exercée par les évêques du Mexique, notre fondateur passa la frontière du Mexique pour fêter l’an.
Perpétuellement surveillé par la police secrète mexicaine, Monseigneur Lefebvre visita dans le sud du pays les indiens les plus pauvres qui, hautement étonnés, reçurent une réponse à leur questionnement d’un évêque (enfin) catholique pour soutenir leur lutte à l’encontre d’un clergé communisant qui leur prêchait une théologie de la libération. Il a été reçu triomphalement comme un héros, marchant au sein d’une foule de passants, poussant des cris de joie dans des villages décorés par des guirlandes et des fleurs aux senteurs délicieuses.
Certains autochtones firent cent cinquante kilomètres au travers des montagnes pour embrasser la bague de Monseigneur Lefebvre, « el hombre justo » et recevoir de lui sa bénédiction. A Tlaxiaco, pendant que l’évêque diocésain célébrait la nouvelle messe devant vingt-cinq fidèles, des milliers d’autres suivaient les cérémonies de Monseigneur Lefebvre.
A Rome, le cardinal Seper, le délégué pontifical au dialogue avec la fraternité, écrivit le 19 février une lettre dans laquelle il fit une allusion à la possibilité de la mobilisation d’un cardinal pour trouver une solution sur la question liturgique et la situation canonique de la fraternité.
L’archevêque partit pour une long voyage missionnaire en Afrique du Sud et ensuite en Argentine où il posa les premières pierres du séminaire à La Reja le 15 août, près de Buenos Aires. A la demande de l’évêque Antonio de Castro Mayer, il visita également le Brésil : « Nous espérons qu’il pourra être en mesure d’entreprendre la seule action envisageable au niveau de l’Eglise universelle en ces temps de crise ».
Dans la même année, il voyagea en Australie pour préparer la fondation du premier prieuré à Sidney.
« Je dois reconnaître que les prêtres australiens, fidèles à la Tradition, et les laïques, ont travaillé avec ardeur ces dernières années. Lors de mon dernier voyage en 1973, les groupes se constituaient à Sidney et à Melbourne de quelques familles. Cette fois-ci, sept cents croyants sont présents au Saint Sacrifice de la Messe à Sidney ; presque autant à Melbourne et autour de 150 à Adelaïde, à Perth et aussi à Wanganui, en Nouvelle-Zélande. Cette région fonde beaucoup d’espoir et mérite la première priorité. »
Septante-cinq nouveaux candidats entrèrent dans nos différents séminaires.
A Rome, le Cardinal Seper reçut sa récompense. Sa dernière lettre d’octobre ne présenta aucune solution. Les catholiques traditionnels sont les seules victimes de la tolérance et de la liberté religieuse, alors qu’en réalité, ce sont les seuls qui défendent la vérité.
1982
Le premier mars, nous avions notre première église à Londres, Saint Joseph. Elle pouvait accueillir trois cents fidèles.
Le Cardinal Ratzinger remplaça le Cardinal Seper en tant que représentant personnel du pape. L’Archevêque eut un long entretien avec lui en mars. Rome souhaitait (et souhaite) que nous disions que la réforme liturgique est une bonne chose, même si nous avions précédemment émis une réserve à cet endroit et si nous pensions justement qu’elle convenait moins que l’ancienne liturgie. L’Archevêque dit :
« Maintenant, nous croyons que la réforme est mauvaise, empoisonnée par l’œcuménisme ; nous refusons de l’adopter et nous avons été forcés de prévenir tous les fidèles de cela. Seul Dieu sait combien de temps les réformateurs fermeront leurs yeux devant l’anéantissement de la foi, de la moralité, des institutions ».
A Pâques, cinq monsignori et vingt prêtres du diocèse de Campos publièrent un témoignage de la foi catholique à l’encontre des égarements actuels, un document éclatant qui défend la doctrine authentique et les traditions de l’église. Ils écrivirent, : « Nous sommes absolument convaincus que notre position n’est pas légitime, non à cause de nos arguments et de nos idées, mais parce que nous fondons notre position sur ce que l’Eglise nous a appris. Pour l’Eglise, nous voulons donner notre vie si nécessaire. »
Le premier Chapitre Général de la Fraternité Sacerdotale saint Pie-X se déroula en septembre à Ecône. Dans les rapports, nous trouvons une déclaration et des lignes directrices de la Fraternité, nous décidons des actions à mener dans la crise actuelles, des avertissements contre les modifications liturgiques et contre le faux œcuménisme, ainsi que du rejet du libéralisme comme du sédévacantisme : « La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X a été fondée sur l’histoire de l’Eglise et sur la doctrine des théologiens. Elle croit que le pape peut encourager le désordre de l’Eglise par choix et par un laisser-faire des mauvais conseillers, et également par le truchement de documents et de décrets n’entraînant pas l’infaillibilité papale et qui peuvent donc nuire considérablement à l’Eglise. Rien n’est plus dangereux pour l’Eglise que les papes libéraux évoluant dans l’incohérence permanente. ».
« Nous prions pour le pape mais nous refusons de le suivre dans ses fourvoiements concernant la liberté religieuse, l’œcuménisme, le socialisme et l’application des réformes qui sont destructrices pour l’Eglise. Notre apparente désobéissance est, en vérité, en obéissance à l’Eglise et au pape en tant que successeur de Pierre dans la mesure où il perpétue la Tradition et la maintient… Tous les membres de la Fraternité n’ont qu’un souhait, celui d’être en obéissance filiale à la Tradition, tournée vers Rome ».
Dans les séminaires, la durée du cursus des études passé de cinq à six ans, et il y eut soixante nouvelles ordinations à Ecône, Ridgefield, Zaitzkofen et Buenos Aires.
1983
1983 : l’année de la publication du nouveau Code de Droit Canon, le nouveau code de lois ecclésiastique, qui exprime en termes canoniques les nouvelles conceptions de l’Eglise.
Mercredi, 1er mars. Le Père Barrielle mourut entre les murs d’Ecône, comme le soldat de foi qu’il a toujours été. Avant sa naissance, sa mère l’avait consacré à Marie et lui avait demandé que ce soit un garçon pour qu’il devienne prêtre un jour. Il devint bien prêtre, d’une grande église à Marseille.
Avec l’autorisation de l’évêque, il suivit le Père Vallet pour prêcher une retraite ignatienne de cinq jours comme nous la connaissons aujourd’hui. En 1944, il devient supérieur des Collaborateurs du Christ-Roi, un institut sacerdotal dévolu à la retraite ignatienne. En 1973, le chapitre général modifia les statuts fondateurs de sa congrégation, et l’Abbé Barrielle écrivit alors une lettre officielle dans laquelle il déclara qu’il n’avait jamais été membre de cette nouvelle congrégation et qu’il ne souhaitait pas quitter celle dans laquelle il avait déposé sa foi. Comme il avait l’habitude de dire : « il restait le seul membre de la congrégation fondée par le Père Vallet. ».
Il fut le directeur spirituel du séminaire d’Ecône dans lequel il collaboration à l’inspiration des générations de prêtres avec son âme de fer et la clé des exercices ignatiens. Ce prêtre, avec son cœur de feu, comme le disait Monseigneur à son sujet, signa son testament ainsi : Ludovic Marie Barrielle, l’esclave de Marie et Joseph.
Le 5 avril, l’Archevêque écrivit une lettre ouverte au pape : « L’usage de cette messe œcuménique fait acquérir une mentalité protestante, indifférentiste, mettant toutes les religions sur un pied d’égalité à la manière de la Déclaration sur la Liberté Religieuse, avec pour base doctrinale les Droits de l’homme, la dignité humaine mal comprise, condamnée par saint Pie X dans sa Lettre sur le Sillon. Les conséquences de cet esprit répandu à l’intérieur de l’Église sont déplorables et ruinent la vitalité spirituelle de l’Église. En conscience, nous ne pouvons que détourner les prêtres et les fidèles de l’usage de ce N.O.M. si nous souhaitons que la foi catholique intégrale demeure encore vivante.»
Au cours du printemps, quelques prêtres aux Etats-Unis nous quittèrent, sous prétexte que la liturgie employée par la Fraternité était mauvaise. Ils s’associèrent à nos persécuteurs modernistes à Rome qui prétendaient toujours que notre liturgie n’était pas autorisée. Cette attitude absurde sema chez les croyants et dans le séminaire américain une malheureuse confusion. Cette situation fut un test pour l’endurance de notre nouveau Supérieur allemand, le Père Schmidberger. En juin, vingt-huit nouveaux prêtres furent ordonnés à Ecône. L’Irlande accueillit son premier prêtre de la Fraternité. L’Archevêque souhaita que Dieu amène autant de vocations dans cette île qu’elle ait offert à l’Eglise par le passé.
Le cardinal Ratzinger écrivit de Rome en juin : « Le Saint-Père ne méconnaît ni votre foi, ni votre piété. Il sait que, dans la Fraternité Saint-Pie-X, vous insistez pour que soit reconnue la légitimité qui est la Sienne, et que vous vous êtes séparé de membres de la Fraternité qui refusaient de vous suivre dans cette attitude.». Les 27 et 28 août, la Suisse vit le premier pèlerinage vers Flueli, patrie de Saint Nicolas-de-Flue, avec plus de quatre mille participants. A Ecône, soixante-cinq prêtres prirent part à la retraite à Ridgefield et onze étudiants vinrent après le précédent départ des quelques prêtres. En Allemagne, l’école Don Bosco débuta ses activités avec quinze élèves.
Les prêtres de Campos publièrent une déclaration sur la mission sacerdotale en cette extraordinaire période actuelle de grande crise dans laquelle ils expliquèrent la doctrine canonique qui autorise ces prêtres à confesser et bénir les mariages.
En novembre, Monseigneur visita les Etats-Unis, et confirma trois-cent soixante personnes à Ciudad Juarez (Mexique) le matin et trois-cent cinquante personnes à El Paso l’après-midi. Le 5 novembre, l’Archevêque bénit la chapelle Saint Michel à Long Island (New-York).
Le 21 novembre, il rencontra l’évêque Antonio de Castro Mayer à Rio de Janeiro. Ensemble, ils préparèrent une lettre ouverte au pape : « En notre qualité d’évêques de la Sainte Eglise Catholique, successeurs des Apôtres, notre cœur a été marqué par la vue de la situation dans le monde entier… Continuer à se taire dans ces circonstances revient à fonctionner en complices de cette situation. Pour cette raison, nous nous voyons dans l’obligation d’intervenir publiquement pour Votre Sainteté (considérant que toutes les mesures que nous avons prises en privé sont restées sans résultats) en refusant les causes principales de cette situation dramatique et supplier Votre Sainteté d’utiliser Votre pouvoir en tant que Successeur de Pierre pour confirmer Vos frères dans la foi, qui nous a été transmise par la Tradition Apostolique. » (The Angelus, jan.1984).
Les deux évêques fidèles offrirent une liste reprenant les errances les plus marquantes de ce temps, y compris la vision œcuménique de l’Eglise, l’orientation démocratique, une fausse compréhension du droit naturel des gens et une orientation protestante de la Sainte Messe et des Sacrements.
1984
La Fraternité Sacerdotale atteignit le nombre de cent vingt prêtres et Ecône comptait jusqu’à cent vingt séminaristes. Le Supérieur Général Schmidberger annonça la stabilisation et la consolidation avec une croissance prospère, et brandit fièrement le slogan : « ni hérétiques, ni schismatiques ». Au grand dam des catholiques traditionalistes comme non traditionalistes, le pape prêcha en mars dans un temple luthérien de Rome. Le 10 mai, le pape s’inclina devant un bonze dans un temple bouddhiste en Thaïlande. Simultanément, le Vatican supprima le concordat avec l’Italie. A cette extrémité-là, Monseigneur commença à envisager gravement la nécessité d’une consécration d’évêques.
Egalement en mai, la Mère Mary-Jude fut nommée comme Supérieure des sœurs de Saint Pie X dans les districts unifiés du nord-est et du sud-est des Etats-Unis.
A la mi-juin, Monseigneur Ducaud-Bourget décéda. Il était vicaire de l’Ordre de Malte, poète connu et écrivain, fidèle à la Sainte Messe traditionnelle et il fut aussi responsable de la libération de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Dans le même Osservatore Romano qui annonça sa suspense, se trouvait à la page littéraire un article le louant : « Le dernier livre d’un grand écrivain français catholique, François Ducaud-Bourget ». Aucun hommage plus important ne pouvait faire plus plaisir à l’esprit ironique de notre bien-aimé abbé.
Au cours de l’été, la croissance se poursuivit avec les fondations au Mexique, en Colombie, en Afrique du Sud, aux Pays-Bas et au Portugal. Nos séminaristes passèrent un mois à Rome, ce qui deviendrait une tradition estivale annuelle : sous la direction d’un prêtre, les séminaristes seraient mis en contact pendant quatre semaines avec l’histoire, l’art et la beauté majestueuse de la ville éternelle.
Le 3 octobre, l’ « Indult » a été décrétée. La Sainte Congrégation pour la Doctrine de la Foi porta à la connaissance des émissaires des conférences épiscopales que l’évêque diocésain peut autoriser l’usage de la Messe conforme à l’Editio Typica de 1962 sous des conditions draconiennes : il doit être prouvé publiquement que les demandeurs n’ont pas de liens avec ceux qui nient la pureté doctrinaire du Missel que Paul VI a promulgué et que la célébration ne puisse avoir lieu que les jours et sous les circonstances approuvées au préalable par l’évêque. L’indult a été profilée par le cardinal Mayer, celui qui sera plus tard en charge de la commission Ecclesia Dei. Il précisa que cette indult doit être utilisée sans préjugé contre la réforme de la liturgie.
Dans ce document, nommé Document de Flavigny, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X, quarante prêtres et des laïques refusèrent le 18 octobre les conditions de cette indult et en demandèrent une application plus large sans compromis relativement à la réforme de la liturgie.
En novembre, un sondage de l’agence américaine de recherches releva, à la demande des catholiques traditionnels de Vienna, Virginie, que 40% des catholiques voulaient retourner à la messe traditionnelle et 53% y retourneraient lorsque celle-ci serait reconnue à nouveau.
L’Archevêque voyagea en novembre au Chili. On attendait quatre cents personnes à Santiago de Chili, il en arriva mille deux cents.
Le 21 décembre, Don Francesco Putti décéda. Il était une vocation tardive et se situait sous la direction spirituelle de Padre Pio. Ce défenseur inébranlable et solide de la Tradition à Rome a fondé les Elèves du Cénacle, une congrégation pour les femmes et le journal Si Si No No, que l’on retrouve au sein de chaque bureau de la curie romaine. Don Putti était craint par la hiérarchie moderniste de par son approche pragmatique et sa ténacité qui l’obligea même à faire un procès à l’Osservatore Romano, qui a dû publier la seule et unique excuse publique de son histoire à ce sujet. Il a été à nos côtés jusqu’à la fin.
A la fin de l’année, Monseigneur Lefebvre rendit visite au cardinal Ratzinger, alla ensuite vers l’Afrique et revint à Rome pour une entrevue avec le cardinal Gagnon, qui le bouleversa par les informations particulières sur le réseau de la corruption à Rome qu’il lui apprenait. L’Archevêque commenta : « La situation est plus grave que ce que nous pensions à ce jour. ».
1985
Un chef d’Etat honora Monseigneur Lefebvre sur les plateaux de télévision et ce dernier a été reçu par les évêques. Nous ne parlons pas du bon vieux temps, mais de la visite qu’a rendue Monseigneur en janvier sur son territoire d’origine, le Gabon. Il fut chaudement accueilli par Monseigneur Thiandoum au Sénégal et fut ovationné à Libreville par le Président Bongo, qui se souvenait du travail excellent que Monseigneur Lefebvre avait réalisé au Gabon, un honneur mérité qui fut diffusé au sein d’un programme de la télévision nationale sur le pays tout entier. Le Président du pays tint à la disposition de son hôte sa limousine et son avion privé et Monseigneur fit, dans une ambiance jubilatoire, un triomphe parmi les communautés et les amis chez qui son souvenir était à tout le moins conservé intact.
Le Supérieur Général Schmidberger écrivit en février : « Le meilleur service que nous pouvons rendre à l’Eglise, au pape et aux évêques est de maintenir de façon inébranlable notre position : prêcher l’Evangile à n’importe quel prix, continuer à faire tel que nous l’avons fait jusqu’ici et, en premier lieu, à former de vrais prêtres. Notre contestation avec la Rome d’aujourd’hui ne vient pas de nous, mais d’eux avec la Tradition qu’ils ont brisée. Nous ne sommes pas les assignés ; nous sommes les procureurs et cela, nous ne le sommes pas à cause d’un caprice ou par pharisianisme, mais à cause d’un saint devoir et avec notre cœur rempli de peine. ».
En mars, le Supérieur Général offrit au cardinal Ratzinger les pétitions de 129.849 catholiques traditionnels qui demandaient au pape de résoudre le problème avec la Tradition. Entre temps, Monseigneur Lefebvre rédigeait sa Lettre Ouverte aux Catholiques Perplexes.
A Chartres, En France, huit mille fidèles firent le pèlerinage de la Tradition. A la fin, un message encourageant du cardinal Gagnon fut lu à haute voix.
A la fin juillet, la Fraternité prêcha une retraite au Liban. Durant l’été, des voyages de mission furent entrepris vers l’Inde, le Sri Lanka et le Gabon où deux évêques encouragèrent une fondation.
Le cardinal Thiandoum dit : « La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pourrait former de par le monde un clergé qui s’enracine dans la foi ; Ecône pourrait devenir un exemple pour la formation des prêtres d’aujourd’hui ».
A Dublin, en Irlande, une nouvelle église fut rachetée avec une capacité d’accueil de sept cents croyants. En Allemagne, dix nouvelles chapelles furent ouvertes. Une campagne médiatique fut lancée par la Fraternité en protestation contre le film sacrilège ‘Hail Maria’.
Le 22 juillet Lady Kinnoull décéda à Carmel (une petite ville de Californie). Elle fut la toute première bienfaitrice de la Fraternité. En tant que comtesse anglaise, elle était très cultivée, connaissait sa religion de bout en bout, et était totalement baignée dans la Tradition. Elle avait le caractère d’un croisé. Amazone des temps modernes, elle vola à Paris, dès 1964, pour un entretien avec Monseigneur Lefebvre pour lui dire que son argent et son influence étaient à sa disposition lorsqu’il aurait besoin d’aide pour lutter contre la subversion au sein de l’Eglise. Durant les premières années de l’existence de la Fraternité à Fribourg, son argent put prendre en charge la majeure partie des frais des premiers pas de la fondation en cette ville. Monseigneur Lefebvre écrivit à sa mort : « Elle pouvait considérer les jeunes prêtres de la Fraternité comme ses propres enfants parce que, sans son aide au commencement, il n’aurait pas été possible de mener à bien notre travail pastoral. ».
Le 31 août, Monseigneur Lefebvre et Monseigneur de Castro Mayer écrivirent à nouveau une lettre ouverte au pape, mais cette fois, sous la forme d’une sommation solennelle : « Très Saint Père, votre responsabilité est grave dans le conflit émanant de cette nouvelle et fausse conception de l’Eglise qui traîne le clergé et les fidèles dans l’hérésie et le schisme. Si le synode des évêques persiste dans cette direction, vous ne serez plus longtemps le Bon Berger. S’il vous plaît, faites cesser l’invasion du modernisme dans l’Eglise. ».
La Mère révérende Marie-Christiane, une sœur de l’Archevêque, visita les Etats-Unis en octobre pour fonder un carmel à Phœnix.
Au cours du mois d’octobre, trois déclarations de l’Archevêque virent le jour. Au cours d’une conférence de presse au sujet du synode extraordinaire des évêques à Rome qui se tiendrait pour le vingtième anniversaire de l’aboutissement du concile , il demanda : « Pendant qu’un combat sur le concile entre catholiques conservateurs et les libéraux oecuménistes a été mené, nous sommes maintenant les témoins d’une lutte intestine entre libéraux. Par conséquent, nous assistons à présent à une tragédie qui s’expose. Cette Révolution verra-t-elle nouveau le jour ou bien sera-t-elle écrasée ? Malheureusement, à moins que Dieu n’intervienne, il y a à croire, en toute raison, que la révolution poursuivra son cours destructeur. ».
A la fin du mois, il parla des trois guerres de sa vie : la première guerre Mondiale (1914-1918) dans laquelle il vit l’anéantissement de ce qui était encore l’Europe chrétienne ; la deuxième Guerre Mondiale (1939-1945) avec l’homologation par toutes les nations du communisme et la troisième guerre, la plus terrible, qui blessa le cœur de l’Eglise, le Concile Vatican II. Après quoi, le virus libéral envahit progressivement et ouvertement la hiérarchie et les croyants.
Dans notre église à Genève, Monseigneur Lefebvre demanda le 27 octobre aux catholiques traditionalistes de considérer nos chapelles comme nos paroisses : « Nous nous trouverons dans une situation ecclésiastique toujours plus grave et c’est pourquoi, nous nous obligeons, à mon sens, de rester de plus en plus à l’écart du courant conciliaire qui s’il n’est pas hérétique, promeut pourtant l’hérésie ouvertement. Par conséquent, nous devons considérer désormais nos lieux de culte comme des paroisses à part entière au sein desquelles nous pouvons recevoir les sacrements, y compris le sacrement du mariage.».
Le 6 novembre, Monseigneur présenta une Dubia au cardinal Ratzinger. Nous attendrons la réponse pendant un an.
A la Reja, en Argentine, Monseigneur Lefebvre fêta son quatre-vingtième anniversaire le 29 novembre.
1986
Le pape visita le Togo et l’Inde et scandalisa de nouveau les croyants en participant ouvertement à des cérémonies païennes de la nature. En janvier, le cardinal Gagnon appela Monseigneur Lefebvre à Rome et annonça que le Saint Père voulait qu’il s’adresse au cardinal Ratzinger en ce qui concerne la Fraternité.
Des voyages missionnaires débutèrent vers la Nouvelle Guinée, le Japon, la Corée du Sud et Hong Kong. Le pèlerinage de Chartres a réuni 15.000 croyants et plus de cent prêtres. Plus de trois mille pèlerins participèrent au pèlerinage de Saint-Nicolas-de-Flue. Au cours des ordinations de juin à Ecône, cent vingt-cinq prêtres ont apposé les mains aux jeunes qui sont venus renforcer les rangs. Le prieuré de Wanganui, en Nouvelle-Zélande a ouvert ses portes le 16 août et un autre prieuré fut fondé à Port de France en Martinique. Des messes mensuelles débutèrent à Luxembourg et à Santiago de Chili, où une grande église fut achetée, avec cinq cents fidèles qui suivirent la Sainte Messe. Le château de Jaidhof en Autriche a été obtenu pour devenir un centre missionnaire et de retraites. 65 hommes prirent part à la retraite ’été au Liban’. La Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X prépara pour octobre une fondation pour le Zimbabwe et construisit un béguinage d’apostolat séparé en Inde.
Aux Etats-Unis, les Sœurs de Saint Pie-X commencèrent en août le noviciat à Armada, Michigan. La maison mère de la Fraternité déménagea de Dickinson, au Texas, à Saint Louis, dans le Missouri.
Les évêques du Gabon, qui étaient également ravis de la visite de l’Archevêque, étaient moins satisfaits des prêtres de leur milieu et ils encouragèrent le nonce apostolique pour écrire à l’Archevêque pour lui exprimer leur estime et leur gratitude mais aussi pour lui déclarer qu’ils aimeraient le voir conclure une paix avec Rome. Leur ancien supérieur leur répondit le 9 août en reprenant ces mots tirés de l’Epître de Saint Paul aux Galates : «Je m'étonne que si vite vous vous laissiez détourner de celui qui vous a appelés en la grâce de Jésus-Christ, pour passer à une autre Evangile:.» (Gal. 1, 6). Et il poursuivit: “Je suis dans la position de répéter ces mots parce que je suis celui qui vous a fait connaître l’Evangile, le seul Evangile. Le nouvel évangile de la liberté religieuse et des droits de l’Homme n’est pas le vrai Evangile. Nous devons effectuer un choix tragique : ou bien pour maintenir la foi catholique, nous ne respectons pas l’autorité qui est infidèle à sa mission, ou bien, pour suivre harmonieusement cette autorité, nous répandons un faux évangile. Vous choisissez l’autorité démissionnaire, nous choisissons l’Evangile de Notre Seigneur, transmis fidèlement par l’Eglise jusqu’en 1960. Nous vous enlevons ces catholiques qui ont gardé le sentiment de la foi. Avec la fondation d’un site de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X au Gabon, je ne fais que ce que j’ai fait de 1932 jusqu’en 1945 avec l’approbation de l’Eglise. Vous êtes ceux qui se sont détournés et qui ont été jusqu’à suivre un nouvel Evangile. Les vrais catholiques du Gabon ont conscientisé cela et remercient maintenant Dieu parce qu’ils ont retrouvé le vrai Evangile de leur enfance. Au jour de notre jugement, Dieu nous demandera si nous avons été fidèles, et pas si nous avons obéi à des autorités défectueuses. L’obéissance est une vertu, reliée à la vérité et au bien. Si elle se soumet au fourvoiement, alors elle n’est pas une vertu mais un vice. Puissent vos élèves rester dans la vérité et pas dans le fourvoiement. ».
L’Archevêque continua à écrire durant cet été, mais cette fois, une lettre aux cardinaux conservateurs pour les mettre en garde contre la Rencontre d’Assise, qui se tiendrait alors le 27 octobre. Il leur demanda l’honneur de sauver l’église humiliée et d’éviter le scandale de cette rencontre au cours de laquelle le pape ridiculiserait publiquement le premier article du Credo et le premier des Dix Commandements. « Que ferait l’Inquisition si elle existait toujours ? » écrivit l’Archevêque.
La nouvelle année académique vit l’ouverture du séminaire de Flavigny en France pour les années de philosophie avec 36 séminaristes.
Après le scandale de la Rencontre œcuménique de toutes les religions à Assise, Monseigneur De Castro Mayer administra les sacrements en public avec Monseigneur Lefebvre et le 29 novembre, quatre cent cinquante enfants passèrent leur grande communion dans notre chapelle à Buenos Aires. Dans le même temps, Monseigneur Lefebvre était reçu par 250 personnes dans les Antilles et par 500 en Guadeloupe.
Les séminaristes d’Ecône organisèrent à nouveau la Croisade eucharistique des Enfants qui se déroula à présent partout dans le monde.
1987
La Fraternité comptait alors deux cent cinquante prêtres qui étaient en fonction dans vingt-trois pays, et deux cent soixante-trois jeunes hommes remplissaient les séminaires. A Ridgefield, dans le Connecticut, la maison déborda avec l’arrivée supplémentaire de dix-neuf nouveaux séminaristes, et le Conseil général décida alors qu’il était nécessaire de déménager le séminaire et de donner une nouvelle affectation à Ridgefield, un lieu de retraite. Sainte Marie abritait sept cents fidèles et en France, fut fondé un nouveau carmel, le septième depuis que Mère Marie-Christine a débuté sa mission en 1977, ce qui correspond à un carmel par séminaireEn janvier, Mère Marie-Gabriel décéda. Comme Sœur du Saint-Esprit, cofondatrice et première Supérieure des Sœurs de la Fraternité Saint Pie-X, sœur missionnaire au Cameroun, à Banghi, aux Antilles et au Sénégal, elle fonda la Société des Filles de Marie du Cameroun à Yaounde et se mit à la disposition comme infirmière dans la léproserie de Banghi. Toujours humble, profondément religieuse et exemplaire, elle fut en mesure d’accepter les changements qui survinrent dans sa congrégation quand elle se sentis devenir étrangère au sein de celle-ci. Avec l’autorisation de ses supérieurs, elle aida son frère à fonder une congrégation religieuse de femmes avec des objectifs identiques à ceux de la fraternité, une âme heureuse et forte qui ne peut être oubliée par ceux qui ont eu la chance de la connaître. Le 18 janvier, le Père Raymond du Lac mourut. Il était un chanoine reconnu qui étudia avec Monseigneur Lefebvre au Séminaire Français à Rome. Ils restèrent amis toute leur vie. En outre, il fournit la preuve canonique que la constitution Missale Romanum du pape Paul VI n’avait aucun doit contre la célébration de la Sainte Messe traditionnelle. Jusqu’à son dernier jour, il resta un défenseur énergique des traditions romaines qui lui avaient été enseignées par le Père Le Floch.
Le 9 mars, Rome répondit à notre Dubia : la liberté religieuse, disaient-ils, constitue une nouveauté qui peut très bien rester en accord avec la Tradition. Pendant que Rome répondait cela nonchalamment, les évêques sud-américains annoncèrent que soixante millions de catholiques étaient passés dans des sectes protestantes, et le cardinal Ratzinger, optimiste, d’expliquer : « Nous voulons assimiler les meilleures valeurs de deux cents ans de culture libérale ». Monseigneur Lefebvre répondit avec son livre : « Ils l’ont découronné ».
Au Gabon, entre-temps, plus de quatre cents croyants se rendaient régulièrement à notre chapelle, ce qui explique pourquoi l’archevêque de Libreville attaqua publiquement notre travail. Il mit le gouvernement sous pression et laissa entendre aux Pères qu’ils devraient fermer leur chapelle à la fin de l’année et quitter le pays. Seul un miracle pouvait encore arrêter ce processus, et c’est ce qui se passa ! A la fête du Sacré-Cœur de Jésus, le commissaire de police de Libreville vint en personne et annonça à la communauté stupéfaite que rien ne se passerait et que, en définitive, ils pouvaient rester.
Pendant les ordinations, Monseigneur dit que Rome, à présent, après la visite du pape à la synagogue de Rome, après la Rencontre des religions à Assise, après tous les avertissements, se trouvait à nouveau dans les ténèbres. Vingt-et-un nouveaux prêtres, cent trente assistants et six mille croyants étaient présents pour ce moment historique au cours duquel Monseigneur Lefebvre annonça publiquement qu’il se sentait forcé de passer outre Rome pour consacrer un évêque pour sauver la Fraternité.
Lors de la rencontre avec le cardinal Ratzinger le 14 juillet à Rome, Monseigneur exhorta le cardinal : « Eminence, pour nous, le Christ est tout ! Il est l’Eglise, la fraternité, Il est notre apostolat, Il est la famille catholique ! » Et il poursuivit encore : « Si vous ne nommez pas d’évêques pour assurer mon suivi , il sera de mon devoir de le faire moi-même. ».
Après un dialogue de sourds qui dura vingt ans et qui, pour finir, s’enlisa jusqu’à devenir un monologue avorté, tout semblait montrer que Rome se contenterait d’attendre la mort de Monseigneur Lefebvre pour donner le coup de grâce au travail de la Tradition.
A la fin du mois de juillet, la Providence Divine nous mena à Winona, au Minnesota, où après quelques réparations, une bâtisse qui, anciennement fut la propriété de l’ordre des Dominicains, fut aménagée pour recevoir nos séminaristes, qui maintenant saturaient le séminaire de Ridgefield. La Fraternité n’était pas la seule intéressée dans l’achat de ce bâtiment ; d’autres amateurs furent Playboy Enterprises et Betty Ford Clinic. A présent, cette maison abrite le plus grand nombre de séminaristes de la Fraternité Saint Pie X.
Le 26 juillet, le père Stephen Abdoo perdit la vie, un an après le travail pastoral le plus fructueux depuis son ordination, lors d’un accident de voiture en Nouvelle-Zélande.
Le 28 juillet, le cardinal Ratzinger écrivit à l’Archevêque et vint finalement avec des propositions concrètes pour une solution incluant la possibilité pour un cardinal de faire un audit du travail de la Fraternité.
Au septantième anniversaire des apparitions survenues à Fatima, deux mille personnes se sont réunies pour une veillée de prières et pour une Sainte messe pontificale, durant laquelle Monseigneur Lefebvre dévoua la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X à Notre Dame, et, par son entremise, dévoua aussi la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Pendant son homélie, il dit qu’il existait un lien intime entre le secret de Fatima et la crise postconciliaire.
Un groupe de cardinaux et d’évêques demanda au pape durant le mois de septembre de trouver uns solution pour la Fraternité. Le 1er octobre, l’archevêque accepta la venue d’un Visiteur apostolique au nom du pape pour considérer la façon dont fonctionne véritablement la Tradition. L’archevêque informa la presse d’un certain changement positif dans sa relation avec Rome. Il vint alors à la Ville Eternelle pour poursuivre les négociations et le 29 octobre, le cardinal Ratzinger fit savoir au synode des évêques que le pape avait nommé le cardinal Gagnon comme Visiteur apostolique pour la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X. Certains évêques se montrèrent très satisfaits, d’autres beaucoup moins.
La grande famille des traditionalistes se rangea autour de Monseigneur Lefebvre à Ecône pour le jubilé de son quarantième anniversaire d’épiscopat le 3 octobre. Devant quatre-vingt prêtres, cent cinquante séminaristes et quatre mille fidèles Monseigneur Lefebvre dit dans son sermon que deux devises caractérisèrent sa charge épiscopale : la première, venant de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie-X « Instaurare omnia in Christo » (Restaurer toutes choses dans le Christ) et la seconde, sa devise personnelle « Credimus Caritati ».
Le 11 novembre, exactement treize ans après la première Visite apostolique de 1974, arrivèrent le cardinal Gagnon et Monseigneur Perl à Ecône. Pendant une visite-marathon qui dura jusqu’au 9 décembre, ils visitèrent les trois séminaires européens, les chapelles, la Maison-mère, les groupes de prêtres, les écoles, les couvents et les maisons de retraite. Ils traversèrent la France du nord au sud, tout comme la Suisse et l’Allemagne. Dans le Livre d’Honneur, le livre des visiteurs de marque, le cardinal Gagnon écrivit un témoignage d’émerveillement pour le travail qui était exécuté au sein du séminaire.
Le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, le cardinal Gagnon assista à une Sainte Messe pontificale, célébrée par Monseigneur Lefebvre. Ainsi, le délégué qui avait été choisi personnellement par le Saint Père participait à une Sainte Messe célébrée par un évêque « suspendu » qui recevait des membres dans une congrégation « supprimée » qui n’existait pas « officiellement ».
1988
Le 5 janvier, le cardinal Gagnon remit un mystérieux rapport de trente-neuf pages au pape duquel nous n’avons jamais reçu de copie. Le 2 février Monseigneur annonça à Flavigny devant les caméras de télévisions qu’il consacrera trois évêques au 30 juin de cette année.
Notre Séminaire de la Sainte Croix ouvrit ses portes en Australie le jour de la Saint Joseph (19mars) avec quatorze séminaristes.
Rome avait peur. Après un va-et-vient incessant de négociations, un protocole vague et imprécis a été signé le 5 mai. L’Archevêque alors découvrit qu’il n’y avait en fait aucune certitude que toutes les conditions fussent rencontrées rapidement, et il décida malgré tout de poursuivre les préparations pour les consécrations des évêques auxiliaires. Cela signifiait pour la Tradition une « opération de survie », absolument dictée par la poursuite des injustices à l’encontre des fidèles catholiques et la trahison de la foi par les autorités romaines.
Le 29 mai, à Ecône, pendant les ordinations sacerdotales, les deux évêques fidèles ainsi que cent septante-trois prêtres de toutes les parties du monde apposèrent les mains sur les futurs évêques. Encore le même soir, Rome fit une dernière tentative pour empêcher ces ordinations épiscopales et commença par envoyer un chauffeur avec une Mercedes noire brillante pour enlever Monseigneur Lefebvre directement vers Rome.
Le 30 juin, huit mille fidèles étaient témoins de la consécration historique de quatre évêques catholiques en vue de continuer l’œuvre de Monseigneur Lefebvre. Cet acte héroïque fit d’eux, Monseigneur de Castro Mayer et les quatre jeunes prélats les premiers excommuniés de l’ère post-conciliaire. Les mêmes raisons pour lesquelles l’Eglise récompensait généreusement jusqu’à la mort du pape Pie XII étaient maintenant une cause de condamnation par la Nouvelle Eglise.
Dans les mois qui suivirent son ordination, Monseigneur Williamson visita la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et Hawaii. Quant à lui, Monseigneur Fellay voyagea au travers de l’Asie et de l’Australie. Il reçut un accueil étonnant à Palayankottai en Inde, où la circulation fut arrêtée pour la procession solennelle où il fut conduit sur un char de triomphe d’une forme époustouflante, quelque chose comme un trône de maharadjah indien accompagné par un groupe de musiciens et un feu d’artifice. La population locale fut fortement charmée. L’évêque moderniste, lui, beaucoup moins. C’est pourquoi il mit la police locale sous pression pour interdire la cérémonie. L’évêque fut obligé de se réfugier dans la maison de quelques personnes protestantes, mais obtint pour finir la permission de visiter la chapelle pendant quelques minutes, escorté par le police. Voici bien jusqu’où va la tolérance post-conciliaire et la liberté religieuse !
Le séminaire de Winona, Minnesota, fut inauguré le 8 octobre. En Australie, nos sœurs inaugurèrent un cloître à Sydney.
Le 27 octobre, le Père Marchal, un de nos jeunes prêtres, perdit la vie dans un accident de voiture. Pendant le temps qu’il était au séminaire, il s’était consacré à la préparation d’un petit livre intitulé : The Society of Saint Pius X; A Work of the Church (La Fraternité Sacerdotale Siant Pie-X, une œuvre d’Eglise). Il exerça son apostolat à Londres et à Lourdes et il écrivit encore un autre livre sur la résistance de l’Archevêque.
Le 23 novembre, mourut le Père Joseph Le Boulch, un moine bénédictin. Un grand orateur, très connu dans les communautés religieuses et les paroisses de France. A partir de 1937, il prêcha plus de mille grandes conférences (retraites, missions, journée de récollection,…). En 1975, il rejoignit Monseigneur Lefebvre. Avec la permission de ses supérieurs, il quitta la très ancienne abbaye de Landevennec qu’il adorait et qui peut s’enorgueillir de quinze siècles d’histoire.
Un autre bénédictin, avec une idée différente de la fidélité, Dom Gérard Calvert, prieur du Barroux, rompit avec l’archevêque, condamna les ordinations épiscopales auxquelles il avait assisté, et se livra aux mains de Rome « sans la moindre concession doctrinaire ni liturgique ». Mais, en 1995, il devrait concélébrer à Rome la Messe du Nouveau Ordo liturgique avec le pape Jean-Paul II.
Rome, le 4 décembre, vingtième anniversaire de la réforme liturgique. Une Missive Apostolique du pape dit que la réforme de la liturgie traditionelle est en correspondance avec les normes des Saints Pères : « Ad normam sanctorum patrum ».
Le 8 décembre, les six évêques catholiques dévouèrent la Russie au Cœur Immaculé de Marie.
